LE BRUIT DES ARBRES
de François Péloquin

Canada (Québec). 2015. 78 min. Visa : 13 ans +
Avec Antoine Lécuyer, Roy Dupuis, Willia Ferland-Tanguay, Rémi Goulet et Charles-Émile Lafleur

À 17 ans, Jérémie rêve d’un ailleurs meilleur, loin de la scierie familiale et de son village natal du Bas-Saint-Laurent. Aux travaux sylvicoles, il préfère sa voiture, le hip hop et les virées avec ses amis. La situation désespère son père, Régis, qui blâme un petit revendeur de drogues pour ce désintéressement. Au départ du frère aîné, les vies de Jérémie et de Régis basculent.

« Première œuvre très prometteuse du duo François Péloquin et Sarah Lévesque, Le bruit des arbres est très certainement ce que le cinéma québécois nous a donné de plus beau cette année avec le Félix et Meira de Maxime Giroux. »
- Charles-Henri Ramond, Films du Québec

« Il convient de souligner la sensibilité dont font preuve François Péloquin et sa coscénariste Sarah Lévesque dans leur approche. »
- Marc-André Lussier, La Presse


Quelques mots du réalisateur

Le bruit des arbres était pour moi le premier film idéal pour plusieurs raisons. C’est un projet qui se passe dans le bois, où j’ai une partie de mon coeur, dans une région où les éléments significatifs sont immanents. La présence du fleuve, fleuron québécois, nous transporte au bout du monde, tandis que les éoliennes, bien que jolies, nourrissent une impression de pillage des ressources régionales au profit des intérêts métropolitains. Ce bas du fleuve, c’est aussi le pays de Léonard Otis, à qui je lève mon chapeau. Promoteur du concept de fermes forestières, il a défendu l’exploitation des forêts par des travailleurs habitant le territoire plutôt que par des corporations. Le bruit des arbres parle d’ancrage, du souvenir parfois assourdissant d’où l’on vient. D’un point de vue très large, c’est un portrait de l’affaiblissement de la culture québécoise en région. Parce que notre culture ne se résume pas à la couverture de nos magazines. Elle s’ancre dans des traditions, des gestes de survivance, dans une façon de vivre ensemble. Aujourd’hui, la moitié du Québec redécouvre le terroir et se met à apprécier la beauté et la spécificité des régions. Malheureusement, un adolescent comme Jérémie, qui vit à St-Ulric en Gaspésie, n’a, à ses yeux, rien qui le rende fier d’où il vient, et il risque de devoir quitter son patelin pour un jour s’en revendiquer.

Le bruit des arbres propose aussi une réflexion sur la richesse, nos richesses et le progrès. « Si on n’avance pas, on recule! », rappelle André Veilleux à sa femme. Malheureusement, à croire qu’il en faut toujours plus, on risque de perdre son équilibre. Heureusement pour lui, Régis, le père de Jérémie, n’a rien à faire des conventions matérielles qui permettent à la plupart des gens de se situer dans le monde, mais son fils est en plein questionnement et n’assume pas les choix de son père. Le legs est donc abordé dans ce film. Mais il y est très peu question d’héritage matériel. Il s’agit plutôt d’un legs culturel, une sorte d’impression de connaitre la vraie nature de la richesse que Régis aimerait transmettre à son fils. Mais la crainte d’avoir échoué dans son rôle de père l’empêche de voir à quel point Jérémie, suivant ses traces, s’est départi, au cours de cette chronique, des éléments matériels qui forgeaient son identité. Enfin, Le bruit des arbres offre un point de vue intimiste sur l’adolescence. Un moment de flottement qui permet d’opérer, souvent maladroitement, une rupture avec ce qui nous a forgé. Ce moment est à la fois vertigineux et rempli d’une tristesse naturelle, celle de connaître l’inévitable, la séparation entre les enfants et leurs parents.

Pour raconter cette chronique estivale où l’adolescence est reine nous avons choisi une trentaine de moments durant un été. Ces longues scènes allaient nous permettre de vivre à un rythme plus réaliste ces moments choisis pour observer nos personnages, sans avoir l’impression que l’histoire du film est plus importante que ce qui se passe pour eux. Nous voulions en quelque sorte nous affranchir des impératifs narratifs auxquels sont souvent contraints les scénarios contemporains. À l’image des régions, Le bruit des arbres est un film dur dans lequel la lumière perce parfois, comme au travers d’une canopée, pour offrir un spectacle touchant. C’est un film qui porte en lui l’espoir que les gens grandissent toujours grâce à ce qui leur arrive. C’est un film chaud et humain, où les sentiments maladroits se révèlent plus au travers des actions que des mots et qui aura été pour moi l’occasion de dire à quel point j’ai envie de faire un cinéma sensible et pertinent, ancré chez nous. (source : dossier de presse)