AVANT LES RUES
de Chloé Leriche

Canada (Québec). 2015. 119 min. Visa : Général
Avec Rykko Bellemare, Kwena Bellemare Boivin et Jacques Newashish

Shawnouk tue un homme lors d'un vol à main armée. Après s'être évadé en forêt, il retourne dans sa communauté et cherche à se libérer par la pratique de rituels traditionnels. À la modernité décalée, Avant les rues oppose un renouement à la culture autochtone et ses traditions, renouement lui-même incarné par les acteurs qui ont participé au film.

« Avec Avant les rues, Chloé Leriche réalise un tour de force en offrant au grand public comme aux cinéphiles la possibilité de découvrir une culture malheureusement méconnue d’où pointe tant de lumière. Ce premier long métrage de la cinéaste est profondément beau, bouleversant et saisissant. »
- Marie-Paule Grimaldi, Ciné-Bulles


Quelques mots de la réalisatrice

Tout juste débarquée de l’avion, Chloé Leriche, l’envie vous prend-elle de déclarer vous aussi : Ich bin ein Berliner?


Oui, mais j’aimerais retourner à la Berlinale un jour, pour voir la sélection. C’est un peu honteux, devant les meilleurs films du monde, de ne pas pouvoir en profiter. Mais l’accueil était magnifique. Les journalistes ont apprécié le film, les salles étaient pleines et, pour le dernier Q & A, on a battu le record du festival en termes de durée! Non seulement les gens avaient plusieurs questions pour les comédiens, mais, à chaque Q & A, on leur demandait s’ils pouvaient chanter, c’était comme un spectacle! À la fin, on ne parlait presque plus du film, mais de la culture atika mekw, ça devenait même politique. Jacques et Kwena adoraient témoigner de leur culture. Mais Rykko, l’acteur principal, était moins à l’aise avec la promo. Il s’ennuyait de la forêt. En fait, contrairement aux autres, il a moins envie de continuer dans ce milieu-là… Ça a été une expérience difficile pour lui, parce qu’il est de toutes les scènes, et que c’est un film sombre.

Sur papier, ça peut sembler lourd, mais ce n’est pas ce que l’on reçoit. Vous préoccupiez-vous de tirer le spectateur vers la lumière?

Je me rappelle qu’en l’écrivant, j’étais dans des états de création hyper intense, parce que tout ce que mon personnage vit, je le vivais toute seule dans mon salon. J’avais besoin de plonger dans ces émotions-là, comme un acteur qui se prépare pour un rôle. Mais ensuite, entre autres au montage, c’était vraiment une préoccupation qu’il y ait de l’espoir. Et c’est pour ça que j’ai emprunté la voie de la fiction : c’est tellement puissant, ça te permet d’aller toucher le coeur des gens, par le biais de la musique, de l’image, de la construction minutieuse d’une courbe dramatique. Avec l’idée du Blanc rencontré en ville, je voulais absolument décoller de la réalité, pour ne pas produire un film social aride où l’on met uniquement de l’avant les clichés que l’on connaît déjà sur les Premières Nations. Je souhaitais plutôt que ce soit une histoire dans laquelle tu entres, dans laquelle la nature humaine est complexe.
 
(extrait d’un entretien publié dans Ciné-Bulles)