L’AVENIR
de Mia Hansen-Løve

France. 2016. 98 min. Visa : Général
Avec Isabelle Huppert, André Marcon et Roman Kolinka

Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

« Un film éthéré, vif, gracile. »
- Le Nouvel Obs


Quelques mots de la réalisatrice

Quel est le premier plan qui vous ait impressionnée au cinéma ?


Je ne saurais pas dire quel est le premier plan, mais une scène qui m’obsède c’est la fin de Conte d’hiver d’Eric Rohmer. Les retrouvailles dans le bus, l’héroïne qui revoit par hasard l’homme qu’elle continuait d’attendre en dépit du bon sens. Et la fin – « faut pas pleurer » « je pleure de joie ». Comme le « chemin que j’ai parcouru pour arriver jusqu’à toi » de Pickpocket. La trajectoire d’un personnage, la persévérance, à qui le film finit par donner raison, la réunion de deux êtres, le rôle incantatoire du cinéma… Ce type de dénouement me donne une clef de la relation que j’ai au cinéma.

Le cinéma est-il pour vous une manière d’explorer le processus intérieur d’une personne qui est toujours en devenir ?

Oui, c’est aussi la possibilité de faire ressentir l’existence, à travers une présence. Les films sont pour moi des portraits en mouvement et il n’y a que le cinéma qui puisse réaliser ça. C’est aussi bien fixer ce qui a trait au sensible, au charnel, au plus éphémère, que tenter d’ouvrir sur l’impalpable, sur l’infini.

Précisément, votre oeuvre semble allier une peinture des moeurs à une écriture des âmes pour aller plus loin, film après film, dans la description d’une intériorité.

En tout cas, mes films sont tous dans cette quête et dialoguent les uns avec les autres. Il s’agit d’incarner un destin, essayer de lui donner du sens, sans que cela passe par des mots. Et sans que les histoires que je raconte finissent particulièrement bien, je cherche à la fois à exprimer une vérité, et à y trouver une forme de plénitude : c’est ça que j’attends du cinéma.

Vos films ne rentrent pas dans la case « drames psychologiques » dans la mesure où le sens qui en émerge est multiple et nous questionne longtemps après la fin de la projection.

Quand j’écris, je me préoccupe du rythme, de la musicalité, de bien des choses, mais peu d’un éventuel manque d’informations sur la « psychologie » des personnages. Ce qu’on a besoin de savoir s’exprime en général au fur et à mesure sans avoir besoin de l’expliquer. Aussi je m’efforce plutôt, de l’écriture au montage, de supprimer autant d’informations que possible. Si j’ai l’impression qu’une séquence est seulement utile, je la coupe. Si je la garde, c’est qu’elle a une valeur existentielle, poétique.

Plus que jamais dans L’Avenir, le destin de vos personnages n’est jamais figé, et vous filmez la vie comme une éternelle possibilité de recommencement.

J’ai un rapport ambivalent avec cette idée : comment croire à la liberté et au destin en même temps ? Cela crée une tension, entre la conviction qu’il faut accepter d’être emporté et celle d’un accomplissement possible dans ce mouvement que l’on ne maîtrise pas.
(extrait du dossier de presse)