FOLLES DE JOIE
de Paolo Virzi

Version originale italienne avec sous-titres français
Italie–France. 2016. 116 min. Visa : Général
Avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié. Une après-midi, elles décident de s'enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains ».

« Un superbe cadeau pour les deux comédiennes incarnant les deux “clownesses” givrées, surtout pour Valeria Bruni Tedeschi. »
- Les Inrocks


Quelques mots du réalisateur

Après avoir réalisé un thriller noir, aux tons froids et sarcastiques, Les Opportunistes, peut-on dire, qu’avec ce nouveau film, vous revenez à une comédie aux tons plus chauds? Ou au contraire, vu les thèmes abordés comme la maladie mentale, s’agit-il d’un film encore plus dramatique?


Nous avions entre les mains une douzaine de pages d’un sujet avec pour protagonistes deux patientes en psychiatrie aux caractères opposés qui, un peu par hasard, s’enfuient de la structure clinique qui les accueille. Un refus des mesures de sécurité, des contraintes de la cure qui devient une errance euphorique et sans fin dans le monde extérieur.

Nous pouvons donc le définir comme une comédie d’aventure?

Je voulais que ce soit une comédie, divertissante et humaine, une histoire qui, à un moment donné, finirait par s’approcher d’un conte, ou carrément d’un trip psychédélique, mais sans être dépourvue de sens. Nous voulions raconter aussi l’injustice, l’oppression, le martyre de personnes fragiles, de femmes stigmatisées, méprisées, condamnées, recluses. Mais sans que cela ne devienne un pamphlet. Nous cherchions des traces de bonheur, ou pour le moins d’euphorie, dans l’internement. Peut-on sourire ou même rire en racontant la souffrance, ou est-ce quelque chose d’impudique, de scandaleux? Espérons que oui, parce que c’est ce que je préfère quand je fais un film, au fond, c’est la seule chose qui m’intéresse. Par exemple dans ce film, nous mettons en scène un épisode parmi les plus féroces qu’il m’ait été donné de filmer. Et pourtant je me rends compte que j’ai essayé de le raconter sur un ton heureux. C’était, il me semble, l’unique façon de parler d’un sujet aussi terrible que mystérieux.

Voulez-vous nous raconter votre travail sur le scénario, écrit cette fois avec Francesca Archibugi?

Avant de nous lancer dans l’écriture du scénario, nous avons commencé par interroger de vrais psychiatres et psychothérapeutes et leurs avons demandé de nous accompagner dans le monde des structures cliniques. Nous avons rencontré toutes sortes de patients : catatoniques, hystériques, mélancoliques, importuns, paranoïaques, prolixes. Et j’ajouterais: comme dans la vie de tous les jours. Parmi eux, il y avait aussi des personnes que les institutions, les juges, les services sociaux avaient jugées dangereuses car elles avaient commis des délits et risquaient un internement dans des hôpitaux psychiatriques judiciaires. Nous y avons rencontré bon nombre de Beatrice et de Donatella. On ne pouvait s’empêcher de poser les questions classiques et stupides : quel est son trouble? Quelle maladie a-t-elle? Est-elle, bipolaire? Dépressive? Borderline? En s’intéressant aux histoires de chacune, en fouillant dans leurs vies souvent tumultueuses, nous avons trouvé une grande partie de cette trame passionnante justement parce que l’identité de ces personnes n’est jamais défi nie par un compte-rendu médical, le nom d’une maladie, les médicaments à prendre. Nous voulions surtout adopter leur point de vue. Et adopter le point de vue de Beatrice et de Donatella, cela signifiait affirmer l’importance de leur histoire, faite de tribulations, d’abus subis et perpétrés, une histoire qui par bien des aspects peut se révéler drôle, délirante, comique. Nous les avons aimées quand nous les avons écrites, nous les avons aimées quand nous les avons filmées, parce qu’elles nous faisaient rire, parce que même durant le tournage, au moment où elles sont devenues deux êtres en chair et en os, ensemble, elles transmettaient une joie mystérieuse, irrésistible, contagieuse. Et s’il est vrai que dans ce fi lm nous avons mis en scène des moments sombres, désolés et parfois violents, il m’a semblé par d’autres aspects n’avoir jamais filmé autant d’exaltation, d’ivresse, d’hilarité. (source : dossier de presse)