ELLE
de Paul Verhoeven

France―Allemagne. 2016. 131 min. Visa : 16 ans +
Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu'elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

« Elle est un film très fidèle au roman de Djian, rempli de phrases qui tuent et d’humour grinçant. L’une de ses plus grandes qualités demeure de proposer un personnage principal féminin tout à fait atypique, à la fois séduisant et repoussant, proie et maître. Un cadeau sur mesure pour l’actrice dite cérébrale qu’est Isabelle Huppert. »
- Zoé Protat, Ciné-Bulles


Quelques mots du réalisateur

Comment avez-vous eu le projet d’adapter “Oh…” de Philippe Djian?


L’idée ne vient pas de moi mais de Saïd Ben Saïd, le producteur. Il m’a contacté aux États-Unis, m’a envoyé le livre de Philippe Djian, que l’ai lu et que j’ai trouvé effectivement très intéressant. Je savais qu’on pouvait en faire un film mais il fallait y réfléchir, trouver ma manière à moi de m’approprier cette histoire que je n’aurais jamais inventée moi-même.

Comment s’est passé le travail d’adaptation?

Il était très important pour moi de me réapproprier cette histoire, beaucoup de choses ont déjà été définies lors de mes discussions avec David Birke, l’auteur américain du scénario – je n’ai jamais écrit une première version de scénario, j’en confie toujours le premier jet à un vrai scénariste. À cette étape, tout était encore ouvert, les choses se sont façonnées progressivement, comme pour une sculpture. Ma personnalité de metteur en scène s’est insinuée peu à peu dans cette histoire. L’étape du story-board a également été très importante pour faire mien le roman, le traduire en action visuelle.

À un moment, il y a donc eu l’idée de tourner ELLE aux États-Unis…

Oui, d’où le choix d’un scénariste américain, avec la perspective de déplacer l’histoire de Paris à Boston ou Chicago. Et avec un casting complètement américain. Mais c’était compliqué, d’un point de vue financier, et aussi artistique : on s’est rendus compte qu’aucune actrice américaine n’accepterait de jouer dans un film aussi amoral. Même celles que je connaissais bien, il leur était impossible de dire oui à un tel rôle. Alors qu’Isabelle Huppert, que j’avais rencontrée au tout début du projet, elle était très partante pour faire le film. Au bout de six mois, Saïd m’a donc dit : « Pourquoi se bat-on pour faire ce film aux États-Unis ? C’est un livre français, Isabelle Huppert a très envie de jouer le rôle. On est stupides ! » Il avait raison. Rétrospectivement j’ai réalisé que jamais je n’aurais pu faire ce film aux États-Unis avec la même authenticité.

Michèle est une femme puissante comme la plupart de vos héroïnes mais effectivement, elle réagit de manière dérangeante à ce viol…

C’est une histoire, ce n’est pas la vie, ni une vision philosophique de la femme ! Cette femme en particulier agit ainsi. Ce qui ne veut pas dire que toutes les femmes vont ou doivent agir ainsi. Mais Michèle, elle le fait ! Et mon travail consistait avant tout à mettre en scène cette histoire de la manière la plus réelle, intéressante et crédible possible. Grâce notamment à Isabelle Huppert, dont le jeu incroyable rend convaincant le comportement de son personnage.

Et aussi grâce à votre mise en scène, jamais explicative.

Bien sûr qu’il ne fallait pas expliquer. L’explication, c’est le spectateur qui doit se la faire, à partir des éléments qu’on lui a donnés, sans que l’un d’entre eux justifie tout à lui seul. Je ne voulais pas par exemple que l’on puisse se dire que Michèle enfant a été tellement traumatisée par l’acte de son père qu’il est normal qu’elle vive ainsi ce viol. Je voulais échapper à cette vision réductrice du personnage et de son comportement. C’est une possibilité mais pas plus. L’explication, c’est avant tout elle, Michèle, dans l’entièreté de sa personne. Quant à savoir si son caractère est originel ou si elle est devenue comme ça parce que… On ne sait pas. (source : dossier de presse)