UN OURS ET DEUX AMANTS
de Kim Nguyen

Version française de TWO LOVERS AND A BEAR
Canada (Québec). 2016. 95 min. Visa : 13 ans +
Avec Dane DeHaan, Tatiana Maslany, Kakki Peter

Dans un village d’à peine 200 habitants, dans une zone arctique aux élans lunaires, là où la température tombe souvent sous les moins cinquante degrés; Roman et Lucy, deux âmes torturées, sont tombés amoureux. Mais Lucy garde un secret douloureux, un fantôme du passé la hante, la détruit. Ensemble, les amants décident de fuir leurs démons. Ils foncent vers les espaces infinis de glace, là où l’étrangeté peut donner l’impression que le voyage est un voyage vers l’intérieur de soi-même.

« Avec élégance et assurance Nguyen offre un film original, touchant et visuellement très réussi. »
- Jean-Marie Lanlo, Cinefilic.com


Quelques mots du réalisateur

Ciné-Bulles : Two Lovers and a Bear s’inspire d’une nouvelle de Louis Grenier. Est-ce votre première adaptation?

Kim Nguyen : Je dirais non au sens où tous les films que j’ai commencés s’ancraient dans une structure archaïque préexistante dont je me demandais, par exemple, si elle allait tenir du drame ulyssien, de l’odyssée ou d’une histoire comme Roméo et Juliette, mais c’est la première fois que je réussis à faire passer une histoire déjà écrite jusqu’à l’écran. C’était une nouvelle d’une vingtaine de pages que l’on a beaucoup transformée en cours de route.

C’est une histoire qui vous intéresse depuis la sortie du Marais, vous y pensiez donc depuis longtemps.

C’est vrai... Pour un long métrage, on peut avoir cinq ans qui nous nourrissent, puis cinq autres où l’on procrastine. Peut-être le faut-il pour que ça nous enrichisse. Avec Two Lovers…, on a longtemps essayé d’adapter de front la nouvelle, mais on frappait souvent un mur.

Pourquoi?

La nouvelle de Louis Grenier présentait deux récits en un : une histoire dans la ville et un élan dans la fuite. L’élan de fuite était très beau, une grande libération, mais ne préservait pas la tension dramatique du premier acte. Or, si l’on peut se permettre d’avoir deux histoires en littérature, les deux heures de projection d’un film demeurent un temps relativement court; il fallait donc garder un état de tension dramatique et faire que les enjeux ne soient pas complètement résolus. Il y avait aussi un méchant assez concret qui marchait moins bien dans notre adaptation. L’histoire comprenait un personnage menaçant que le premier acte tentait vraiment de condamner. Mais avec le temps, l’intérêt s’est déplacé du point où il s’agissait de condamner quelqu’un à celui où ce qui comptait était la guérison, la libération intérieure. C’est curieux, car je crois m’en rendre compte à l’instant même. Mais ça restait très intéressant de passer à travers plusieurs moutures. On a même laissé le projet de côté un moment, puis un autre réalisateur s’y est attaqué, car il y avait vraiment un souffle dans l’histoire. C’est en sortant de Rebelle que j’ai compris que l’histoire était mûre enfin pour passer à l’écran : c’est lorsqu’on s’est laissé aller et que l’on a intégré les éléments de réalisme magique, qui arrivent presque dans la vraie vie du Grand Nord moderne.

Two Lovers... ne comporte pas de méchants à proprement parler, mais Roman et Lucy ont chacun leurs démons intérieurs.

Ce sont deux âmes déchirées qui sont faites pour être ensemble, mais qui peuvent s’entredéchirer aussi...

Seuls contre tous?

Oui, c’est ça.

C’est votre premier film romantique.

Non, Rebelle était déjà un film assez romantique. Quitte à passer pour vieux jeu, je dois m’assumer comme éternel romantique. J’aime les grandes histoires d’amour. Les chansons de Louis Armstrong, par exemple, ont une telle naïveté assumée qu’elles sont comme des épurations et j’imagine que l’on cherche à faire la même chose en écrivant. Trouver l’essentiel. Mais je déroge...

(source : entretien publié dans Ciné-Bulles, vol. 34 no 4)