MARGUERITE
de Xavier Giannoli

France‒République Tchèque‒Belgique. 2015. 129 min. Visa : Général
Avec Catherine Frot, André Marcon, André M’Punga

Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années, elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout va se compliquer le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public, à l’Opéra.

« Une œuvre ample et classique qui respire, à l’écoute des personnages et de l’émotion qui monte. »
- Odile Tremblay, Le Devoir

Prix de la meilleure actrice pour Catherine Frot à la cérémonie des César 2016.


Quelques mots du réalisateur

Comment est né ce film ?


Il y a une dizaine d’années, j’ai entendu à la radio la voix d’une improbable chanteuse d’Opéra qui interprétait « La Reine de la Nuit », de Mozart, mais en chantant totalement faux. C’était très drôle, saisissant… L’enregistrement était grésillant, ancien et mystérieux, comme « venu d’ailleurs ».

Qui était cette chanteuse ?

J’ai découvert qu’elle s’appelait Florence Foster Jenkins et qu’elle avait vécu aux Etats-Unis dans les années 40. Elle était riche, passionnée de musique et d’Opéra et surtout parfaitement inconsciente de la splendide fausseté de sa voix. Elle avait l’habitude de chanter devant un cercle d’habitués et jamais personne de son entourage ne lui avait dit qu’elle chantait complètement faux, par hypocrisie sociale, intérêt financier ou simplement lâcheté… La situation était déjà très amusante, avec quelque chose de cruel que j’avais envie d’explorer.

Vous avez donc fait une enquête…

À New-York, j’ai trouvé beaucoup de coupures de presse évoquant son improbable « carrière », son excentricité. On évoquait même un grand concert à la fin de sa vie où elle a chanté devant la salle immense du « Carnegie Hall ». J’ai aussi trouvé un enregistrement où elle interprète plusieurs airs classiques, toujours avec la même maladresse hilarante. Sur ce disque, il y avait une photo d’elle avec des ailes d’ange dans le dos et un diadème de reine sur la tête. Elle offrait un sourire à la fois innocent et confiant à l’objectif. Cette expression m’a longtemps intrigué… Alors, j’ai écouté ce disque en boucle pendant des années en pensant à ce sourire et en laissant mon imagination s’emparer des éléments de mon enquête. J’ai écrit une première version puis je suis parti faire d’autres films en gardant toujours cette photo sur moi et cette mystérieuse voix dans ma tête. Je sentais que cette voix brisée avait quelque chose à me dire, un secret.

Marguerite n’est donc pas un biopic…

Non, c’est une évocation libre d’un personnage qui a vraiment existé. C’est assez comparable avec le travail que j’avais fait pour à L’ORIGINE : je commence par une enquête fouillée, je me documente énormément, puis j’écris une histoire romanesque en en parlant avec ma complice Marcia Romano pour trouver les lignes de forces de l’histoire. L’important, c’est d’avoir un regard personnel, de proposer un point de vue sur la vérité humaine qui s’exprime dans un destin aussi original… et après de se sentir libre d’en faire du cinéma. Ma conviction, c’est qu’on a besoin de la fiction pour essayer de comprendre et sentir la réalité du monde et des êtres. Je ne pourrais pas me contenter d’une approche documentaire ni d’un pur travail de fiction. D’ailleurs quelque chose du personnage se cherche là : entre la vérité et le mensonge, la vie de l’acteur et ce qu’il joue, l’invention de soi-même. Sur le tournage, j’ai appris qu’un biopic hollywoodien était en projet. Cette démarche n’aurait de toute façon jamais été la mienne.

(source : dossier de presse)