MAL DE PIERRES
de Nicole Garcia

France. 2016. 121 min. Visa : 13 ans +
Avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. À une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, que Gabrielle dit ne pas aimer. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer.

« MAL DE PIERRES est l'un des meilleurs films de Nicole Garcia. »
- Marc-André Lussier, La Presse

En compétition officielle au Festival de Cannes 2016


Quelques mots de la réalisatrice

Ce sujet vient d’un livre, un roman de Milena Agus qui m’a donné une très forte idée de ce que pouvait être un destin de femme. Mais un livre demande à être interprété, réinventé. Pour que je puisse raconter l’histoire en mon nom, il fallait que je me l’approprie librement. On peut s’éloigner d’un livre sans le trahir et je pense que c’est ce que nous avons fait au long de l’écriture du scénario avec Jacques Fieschi. Oui, nous avons modifié, développé, inventé, mais je n’ai jamais perdu de vue ce qui vibrait profondément dans ce récit, la raison même pour laquelle je l’aimais.

Ce destin de femme incarne pour moi la forme de l’imaginaire, la puissance créatrice dont nous sommes tous capables lorsque nos aspirations, nos sentiments, nous conduisent aux extrémités de nous-mêmes, à notre propre dépassement. Chez Gabrielle, il y a depuis le début de sa vie cette très forte aspiration charnelle qu’elle appelle « la chose principale », cette échappée belle du désir et de l’amour, cette ardeur animale. Ce mouvement de tout son être va être brutalement contredit par celui qu’elle voudrait étreindre, l’instituteur du village, puis condamné plus largement par la famille et cette société des années 50. Mais quelque chose d’entier persiste chez elle, malgré le mariage arrangé par lequel on se débarrasse d’elle. Pendant les 17 ans où le film l’accompagne, elle ne perd rien de sa force pulsionnelle qui lui fait trouver médiocre le monde qui l’entoure. Avec sa folie, ou ce que les autres nomment folie, jamais elle ne renonce à ses rêves. Lorsqu’elle se rebelle et qu’on la brise, sous sa prétendue soumission elle n’abdique sur rien. Quand elle rencontre enfin ce grand amour, ce moment extatique qui pourrait donner un sens à sa vie mais que le destin menace de lui voler à nouveau, elle démontre de quoi sa passion grandiose est capable.

Gabrielle vit au carrefour d’un monde archaïque et d’une époque d’aspiration plus grande à la liberté. Les personnages de femme m’intéressent quand ils ont cette dimension vibrante, tremblante, poétique. Quelque chose dans la folie des femmes m’attire, lorsqu’elles portent en elles une fragilité, une bascule possible… et même parfois le risque d’une catastrophe. J’ai aussi aimé les personnages masculins, José le mari et Sauvage l’amant, je les aime pour leur pudeur, leur courage, leurs silences. L’un des principes du récit romanesque est que les personnages ne stagnent pas, ne sont pas prisonniers des situations, donnent le sentiment d’improviser leur vie sous nos yeux. Le récit n’avance qu’à travers eux, on les suit dans ce qu’ils pourraient faire, ce qui paraît juste dans leur comportement et au-delà de la justesse, leur fantaisie, leur embardée imprévisible. C’est cette liberté qui nous donne une chance d’attraper une vérité.

J’ai pensé d’abord et avant tout à Marion Cotillard pour le rôle… Et je n’ai jamais su répondre à la question : « Qui d’autre ? ». Je l’ai attendue le temps qu’elle se libère de ses projets nord-américains, c’est le jeu, et je ne le regrette pas. Marion a fait preuve d’une grande rigueur, j’ai été touchée par son engagement, sa confiance, son abandon. Elle a aussi travaillé son rôle par elle-même, en notant beaucoup de choses sur un carnet secret que je la voyais consulter. Elle exprime dans ce film une sensualité très particulière, que je trouve très rare au cinéma. Elle a parfaitement saisi la dimension à la fois animale et possédée de Gabrielle, de sa folie créatrice.

Si j’ai aimé cette histoire, c’est qu’elle résonne aussi avec ma vie. Elle représente ce qu’est pour moi l’imaginaire, sa puissance et sa force de réparation.

Ce que vit Gabrielle, je l’ai ressenti comme nous tous. C’est une force qui fait partie de nous, qui est universelle, qui rend la vie plus grande que la vie, qui nous attire vers le merveilleux, vers l’inconnu. (source : dossier de presse)