CEUX QUI FONT LES RÉVOLUTIONS À MOITIÉ N’ONT FAIT QUE SE CREUSER UN TOMBEAU
de Mathieu Denis et Simon Lavoie

Canada (Québec). 2016. 183 min. Visa : 16 ans +
Avec Charlotte Aubin, Luc Bélanger, Emmanuelle Lussier-Martinez, Gabrielle Tremblay

Klas Batalo, Giutizia, Tumulto et Ordine Nuovo, quatre Québécois dans la vingtaine, refusent le monde tel qu’il leur est offert. Trois ans après l’échec retentissant du « Printemps Érable », ils se lancent dans des actions de vandalisme qui tendent de plus en plus vers le terrorisme. Mais leur avant-garde révolutionnaire ne rejoint visiblement pas les aspirations dominantes de la société et risque à tout moment de leur éclater au visage.

« Il y a de fortes chances que cet objet étrange et percutant devienne un film culte. »
- Nathalie Petrowski, La Presse

Prix du meilleur long métrage canadien au Festival international de films de Toronto 2016


Quelques mots des réalisateurs

Ciné-Bulles : Je me suis rafraîchi la mémoire sur le Printemps érable avant de voir le film, mais il n’y est que l’élément déclencheur.


Simon Lavoie : C’était un peu le point de départ. Il y avait aussi des envies de cinéma et la volonté d’intervenir dans la société comme avec Laurentie. Quand le Printemps érable est arrivé, on voulait réfléchir sur ce que ça allait devenir.

Mathieu Denis : Faire strictement un film sur le Printemps érable était nécessairement très limitatif. On avait envie d’aller au-delà et de parler du Québec d’aujourd’hui, pas seulement de celui d’il y a quatre ans. Ce qui nous intéressait, c’était d’imaginer des personnages qui avaient été impliqués à cette époque et de voir ce qu’ils seraient quelques années plus tard.

Actuellement, vous êtes parmi les rares cinéastes qui pensent l’identité québécoise comme une blessure précise à creuser. Cependant, cette société ressemble de plus en plus à toutes les autres sociétés capitalistes d’aujourd’hui. La question de l’identité d’un peuple se pose-t-elle encore?

Mathieu Denis et Simon Lavoie : Plus que jamais!

Simon Lavoie : C’est une blessure, une lente agonie, et l’on veut prendre part à ce que l’on considère encore être la culture québécoise, questionner sans cesse cet ensemble culturel : notre langue, nos référents communs et notre histoire, une question qui surplombe toutes les autres.

Mathieu Denis : Si l’on y renonce pour se dire que l’on est comme n’importe quel autre peuple occidental livré à une économie de marché, rien ne nous permet plus de résister à cette espèce de magma individualiste international informe. La question de l’identité et de la culture communes permet de réaliser des formes de fraternité humaines plus grandes que celles que l’on nous propose économiquement. Et elle se vit différemment selon le lieu où l’on est.

Simon Lavoie : On voulait faire un film qui en appelle au collectif, au politique, à une situation, à une géographie et à une histoire qui s’inscrivent dans un contexte plus grand que celui des petits drames existentiels, pour que le spectateur d’ici ait quelque chose de confrontant qui l’interpelle comme nous n’en avons plus l’habitude au cinéma. (source : entretien publié dans Ciné-Bulles)