JULIETA
de Pedro Almodóvar

Version originale avec sous-titres français.
Espagne. 2016. 99 min. Visa : Général
Avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Michelle Jenner

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours. Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

« De cet alliage entre la banalité de la douleur et les formes fantastiques que peut lui donner le cinéma, Almodovar fait un beau film d’une tristesse très pure. »
- Thomas Sotinel, Le Monde

En compétition officielle au Festival de Cannes 2016


Quelques mots du réalisateur

Le film commence par un gros plan d’un morceau de tissu rouge. Très vite, on découvre que, dessous, un cœur palpite, le cœur de Julieta. La deuxième image correspond à une sculpture de texture et de couleur de terre cuite représentant un homme nu assis (jambes et torse robustes et compacts). Julieta pose la statuette sur un carton et l’emballe soigneusement dans du papier bulles. La statuette ressemble à un bébé que sa mère est en train d’habiller. Nous sommes en 2016.

On reverra la sculpture plus tard, c’est-à-dire avant, en 1985, dans l’atelier de la sculptrice qui l’a créée. La sculptrice s’appelle Ava, probablement en hommage à Ava Gardner. Ava est très belle et aussi libre que l’actrice qui interpréta Vénus dans Un caprice de Vénus (One Touch of Venus). Vénus est la déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité. Les trois qualités sont présentes dans l’atelier d’Ava.

La jeune Julieta de 1985 prend dans ses mains la sculpture de l’homme assis. De nouveau, la statuette ressemble à un bébé entre les mains des deux femmes qui parlent de son poids et de la texture de sa peau.

Dans la séquence suivante, Ava modèle une nouvelle statuette à l’aide d’argile sous le regard de Julieta. La terre prend la forme de fesses et de jambes masculines. « Les dieux ont créé l’homme et d’autres êtres avec de l’argile et du feu », lui dit Julieta, Ava l’écoute attentivement sans cesser de modeler. Julieta est prof de lettres classiques, elle continue à lui parler de la Création comme si c’était un conte et finit par lui avouer qu’elle est enceinte…

Les trois séquences montrent le pouvoir des femmes : la femme en tant que créatrice de l’homme. L’homme représenté par la sculpture est minuscule comparé aux mains des deux femmes (la même proportion que la blonde prisonnière dans les mains de King Kong). Elles se le passent (dans le cas d’Ava et de Julieta, le va-et-vient est littéral). Non seulement la femme donne la vie, mais elle est aussi plus forte pour affronter, gérer, subir et apprécier tout ce que la vie apporte. Seul le hasard est plus fort qu’elle. (source : dossier de presse)