MAUDITE POUTINE
de Karl Lemieux

Québec (Canada). 2016. 95 min. Visa : 16 ans +
Avec Marie Brassard, Martin Dubreuil, Jean-Simon Leduc

Témoin de la déchéance de son frère, Vincent doit composer avec l’insidieuse violence du quotidien. Lorsqu’il se fait prendre à voler de la marijuana par des membres du crime organisé, Vincent n’a d’autre choix que de reprendre contact avec son frère aîné Michel avec qui il avait coupé les ponts.

« Par la maîtrise d’éléments purement cinématographiques, Karl Lemieux rappelle l’importance d’interpeler la sensibilité et l’émotion du spectateur par la matière autant que le récit, car, si l’on peut regarder un film, rien ne marque autant que de le ressentir. »
- Catherine Lemieux Lefebvre, Ciné-Bulles


Quelques mots du réalisateur

Ciné-Bulles : Vous avez fait votre marque dans le cinéma expérimental. Aviez-vous, depuis vos débuts, l’intention de passer au long métrage de fiction?


Karl Lemieux : Depuis toujours. J’ai commencé à m’intéresser au cinéma à l’adolescence grâce au cinéma d’horreur. Je ne suis pas le seul. Selon David Cronenberg, c’est le cas de toute une génération de cinéastes. Le cinéma d’horreur m’a amené vers les cinémas underground et expérimental, qui m’ont permis de comprendre qu’il est possible de faire des films avec très peu de moyens, bref de bricoler, de travailler à la main. Un type de cinéma dont je ne veux pas m’éloigner. Mon peintre préféré, Pierre Soulages, a fait de la peinture abstraite pendant 65 ans. Ça peut être correct pour un artiste de faire les choses très bien et de les répéter toute sa vie, mais de mon côté, j’aime explorer différentes formes, différentes techniques.

L’influence du cinéma expérimental, tant dans le traitement de l’image que du son de Maudite Poutine, est évidente.

Je me suis quand même retenu parce que je voulais laisser plus de place à l’histoire, aux acteurs.

Vous avez tourné en 16 mm et en noir et blanc.

Je m’intéresse beaucoup à la photographie et aux gens qui travaillent en noir et blanc, par exemple au photographe israélien Michael Ackerman, dans la tradition de Cartier-Bresson. Il joue beaucoup avec des flous et en lumière basse, et fait des photos très contrastées. Je souhaiterais voir plus d’images comme celles-là au cinéma. D’ailleurs, quand on se lance dans un projet, on veut faire un film que l’on aimerait voir. Le noir et blanc a toujours été là, dès le début de ce projet. Et j’aime beaucoup la texture du film. J’ai commencé à travailler en VHS et j’ai toujours aimé le bricolage sur film, la possibilité de développer la pellicule à la main. Pourquoi tourner en HD quand la pellicule me donne ce que je veux? Bien sûr, il y a moyen, à l’étalonnage, d’ajouter du grain, de travailler les contrastes, mais pourquoi faire tout ça quand on peut tourner en 16 mm?

Est-ce plus compliqué?

Non. On envoyait les rushes au laboratoire et en moins de 24 heures, on pouvait les visionner. On a pu tourner 40 heures de matériel et ça nous a coûté moins cher qu’en HD. (source : entretien publié dans Ciné-Bulles)