FUOCOAMMARE, PAR-DELÀ LAMPEDUSA
de Gianfranco Rosi

Version originale italienne avec sous-titres français
Italie – France. 2016. 109 min. Documentaire. Visa : Général

Samuele a 12 ans et aime les jeux terrestres (tirer et chasser avec sa fronde), même si tout autour de lui parle de la mer et, des hommes, des femmes et des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Cette île s'appelle Lampedusa et c'est une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.

« Le réalisateur se garde d’adopter une attitude misérabiliste, une approche militante ou un ton didactique, comme c’est habituellement le cas dans les documentaires sur de tels sujets. »
- Marie-Hélène Mello, Ciné-Bulles

Ours d’or à la Berlinale 2016


Quelques mots du réalisateur

Pourquoi avoir choisi de faire un film à partir de Lampedusa, cette petite île surexposée médiatiquement depuis quelques années en raison du nombre de migrants qui y arrivent, ou meurent avant d’y accoster ?


FUOCOAMMARE, PAR-DELÀ LAMPEDUSA n’est pas, à proprement parler, un film sur les migrants, mais sur les rencontres. Tous mes films commencent par une rencontre avec un lieu fort, qui devient mon terrain de recherches. En l’occurrence, le grand défi à Lampedusa était de trouver un autre point de vue que celui présenté par les milliers d’images en provenance de là-bas. Les médias arrivent sur les lieux seulement lorsqu’une tragédie survient et repartent avec des images qui se ressemblent toutes. À Lampedusa, la plupart des habitants détestent les journalistes, et j’ai passé plusieurs mois sur l’île, sans caméra, à aller à la rencontre des habitants, avant de commencer à tourner. Pour réaliser des images différentes de ce qu’on peut voir à la télévision, pour changer de point de vue, j’ai besoin de transférer tout ce qui se passe sur cette île à l’intérieur des personnages. Je prends le lieu comme un élément à part entière, que je filme à travers ceux que j’ai choisis pour m’accompagner, en montrant la relation entre eux et l’endroit. Après avoir rencontré suffisamment de gens, un itinéraire mental se crée, qui me permet de créer un vide autour des personnages. C’est alors que je peux commencer à raconter les histoires permises par ces rencontres. Dans le film, Lampedusa peut paraître vide. Tout est vu à travers un enfant, un docteur et un DJ de la radio locale. Mais ce vide que je crée en me concentrant sur quelques personnages les relie entre eux comme le blanc qui sépare deux notes sur une partition, ce silence qui est aussi important que le son lui-même. La narration se fait donc à travers ces personnes, devenues des personnages, et une approche cinématographique qui me permet de donner à la réalité un impact plus fort.

Le film est en effet très cinématographique, avec un langage formel et un travail sur la lumière et le cadre exigeant. N’est-il pas délicat, sur un tel sujet, de réaliser un film aussi esthétique ?

Mon but n’est pas de délivrer un message ni de faire passer une thèse. Le but de mon film n’est pas d’informer. Nous ne manquons pas de données mais celles-ci écrasent notre perception et nos émotions vis-à-vis du réel. Mon défi est donc de créer, par le cinéma, un espace le plus large possible, afin que le public puisse interpréter les images, et pas seulement les regarder. Cela ressemble à la différence entre un poème et un essai. Les vingt mots d’un poème, avec les blancs, les silences et les marges d’interprétation qu’ils contiennent, peuvent en dire beaucoup plus que les 20 000 mots d’un essai. Face à la réalité, j’utilise le langage du cinéma avec un double mouvement : transformer et soustraire. Là où les médias croient rendre compte de la réalité en empilant les informations et les images, je préfère fermer certaines portes, plutôt que les ouvrir toutes grandes avec des chiffres, des explications et des interviews, pour rendre le public curieux, intrigué et le laisser imaginer et ressentir. Je ne m’intéresse pas aux documentaires comme ceux de Michael Moore, qui ne sont qu’une succession de plaintes et d’explications montées les unes après les autres. (source : dossier de presse)