NOCES
de Stephan Streker

Belgique–France–Luxembourg. 2017. 88 min. Visa : Général
Avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Olivier Gourmet

Zahira, belgo-pakistanaise de 18 ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Écartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

« Au milieu d'un casting parfait, le réalisateur plonge dans les yeux noirs de Lina El Arabi, révélation fulgurante, qui offre à la rébellion un visage doux et décidé. Celui de la liberté que seule la fatalité peut entraver... »
- Guillemette Odicino, Télérama


Quelques mots du réalisateur

Comment définiriez-vous Noces?


Comme une tragédie grecque. Parce que, comme dans une tragédie grecque, c’est la situation qui est monstrueuse, pas les personnages. Je me suis intéressé avant tout à l’intime de chacun des intervenants de cette tragédie qui sont tous le siège d’enjeux moraux très puissants. Les liens qui unissent les membres de la famille sont des liens d’amour sincère. Et pourtant, tout le monde est écartelé. À commencer évidemment par Zahira entre ses aspirations à une liberté légitime et son amour pour sa famille dont les membres se trouvent être aussi ses geôliers. Je me suis attaché à comprendre tous les personnages : Zahira, bien sûr, mais aussi son frère, son père, sa mère, sa grande soeur, etc. Jean Renoir disait qu’il n’y avait jamais de méchants dans ses films parce que chacun a toujours ses raisons.

Qu’est-ce qui vous a guidé dans l’écriture du scénario?

Je m’étais fixé une ligne de conduite : commencer et terminer chaque scène par le point de vue de Zahira. Le film, c’est elle, c’est son ressenti. Et si Zahira était absente de la scène, il fallait commencer et terminer par le point de vue d’Amir. Et si Zahira et Amir étaient absents de la scène… alors il fallait que j’élimine purement et simplement la scène. Au cinéma, tout est à mes yeux une question de point de vue. Quand j’écris, ce sont toujours les dialogues qui viennent en premier. Et certains d’entre eux ont bien sûr été directement inspirés par mes rencontres avec les membres de la communauté pakistanaise de Belgique.

Vous avez enquêté longuement dans ce milieu?

Bien sûr. Et c’était passionnant. Il était très important pour moi d’être irrépro¬chable du point de vue de la culture pakistanaise et de sa représentation à l’écran. Le film est coproduit par une société pakistanaise et c’est assez nor¬mal : cette problématique évoquée dans le film, tout le monde au Pakistan la connaît. Chacun a un membre de sa famille ou une connaissance d’origine pakistanaise qui vit en Occident et qui y a des enfants… Ce sont mes copro¬ducteurs mais aussi les Pakistanais de Belgique qui m’ont permis de ne pas rester à la surface du sujet et de creuser en profondeur les faits et les per¬sonnages. On avait d’ailleurs en permanence sur le plateau une consultante pakistanaise qui m’a accompagné de la préparation jusqu’au dernier jour du tournage. Elle m’a permis d’être précis jusque dans les moindres détails, des tenues vestimentaires aux coiffures mais surtout en passant par la manière de parler. Comment une fille s’adresse à son père, à sa mère, etc. ? Quand parle-t-on français ? Quand passe-t-on au ourdou ? Le mariage via Internet qu’on voit dans le film est ainsi totalement fidèle à la réalité. L’imam qu’on voit dans Noces est, dans la vie, un « vrai » imam pakistanais. Anecdote amu-sante et qui nous a tous rendus assez fiers : ce n’est qu’à la fin de sa journée de tournage que l’imam a compris que les acteurs qui jouaient la scène du mariage n’étaient pas tous pakistanais. C’était une sorte de preuve ultime que, de ce point de vue-là, on avait tous bien travaillé. (extrait du dossier de presse)